Lamentations de Jérémie 3/21-24
«Voici ce que je veux repasser en ma mémoire, Ce qui me
donnera de l’espérance. Les bontés du Seigneur ne sont
pas épuisées, Ses compassions ne sont pas à leur
terme; Elles se renouvellent chaque matin. Oh! que ta
fidélité est grande ! »
Fêter un centenaire, consiste à faire
mémoire, à relire notre histoire.
Fêter un centenaire est invitation à nous poser la
question du sens de cette histoire.
Fêter un centenaire, nous tourne vers l’avenir. Si le
prophète Jérémie repasse l’histoire de son peuple
en sa mémoire, c’est parce que celle-ci l’ouvre à une
espérance : «Voici ce que je veux repasser en ma
mémoire, Ce qui me donnera de l’espérance »
Philosophes et théologiens de l’Histoire ont longuement
disserté sur la question, mais plutôt que leur
emboîter le pas, je voudrais simplement faire mémoire de
quelques lignes directrices de ces 100 ans d’histoire de notre
Eglise dans ce pays. Je voudrais, selon les mots du prophète
« repasser en ma mémoire, Ce qui me donne de
l’espérance ».
Qu’une Eglise chrétienne ait vécu 100 ans dans un pays
musulman de façon continue en traversant des
époques politiquement très difficiles, est
pour nous chargé de sens. Les risques de
conflits et d’exclusions n’ont pourtant pas manqué en un
siècle. Je pense bien sûr à la période du
Protectorat, à celle de l’indépendance, mais aussi
à tous ces moments où les conflits d’ailleurs
étaient ici perçus comme opposant le monde musulman au
monde occidental. Quels que soient les événements
politiques, à aucun moment, la présence de l’Eglise
Protestante au Maroc n’a été remise en question par les
autorités marocaines. Fêter ce centenaire est donc pour
nous l’occasion de dire merci, merci à tous les marocains
et marocaines, autorités ou gens du peuple, qui ont su nous
accueillir dans la durée. Fêter ce centenaire nous
permet aussi, avec le prophète Jérémie de
remercier Dieu pour cette histoire exceptionnelle car nous
croyons que si les choses se sont passées ainsi, c’est qu’il
n’était pas absent de cette histoire. C’est pourquoi, nous
répétons encore : «Voici ce que je veux repasser en
ma mémoire, Ce qui me donnera de l’espérance. Les
bontés du Seigneur ne sont pas épuisées, Ses
compassions ne sont pas à leur terme; Elles se renouvellent
chaque matin»
La semaine qui vient de se terminer était pour les
chrétiens la semaine de l’unité, cette semaine pendant
laquelle, chaque année, ils se souviennent que malgré
leurs différences et leurs divisions, ils sont un seul et
même corps du Christ. Fêter ce centenaire pendant
cette semaine de l’unité, c’est se souvenir de ces grands
moments de l’oecuménisme que furent les actions sociales
communes, l’idée un peu folle née dans les années
70 de vivre au Maroc comme si nous étions une seule et
même Eglise, ces réunions mensuelles où
Catholiques, protestants et Orthodoxes se retrouvaient chaque mois pour
étudier ensemble la Bible, et bien d’autres choses.
Fêter ce centenaire c’est constater que notre unité est
certainement plus simple dans un pays musulman qu’ailleurs… Fêter
ce centenaire c’est remercier Dieu pour son Eglise, Une, malgré
ses diversités et redire avec le prophète
Jérémie : « «Voici ce que je veux repasser en
ma mémoire, Ce qui me donnera de l’espérance. Les
bontés du Seigneur ne sont pas épuisées, Ses
compassions ne sont pas à leur terme; Elles se renouvellent
chaque matin.»
Fêter un centenaire, c’est prendre acte du temps qui passe et des
choses qui changent. L’Eglise d’aujourd’hui n’a plus tout à fait
la même couleur qu’il y a 100 ans… Le métissage culturel
est devenu la richesse et la force de cette Eglise qui compte plusieurs
dizaines de nationalités de tous les continents et qui nous
permet de vivre une universalité qui est une forme de
réponse à la mondialisation. Aujourd’hui, à la
croisée des chemins entre Nord et Sud, Orient et Occident,
l’Eglise du Maroc est un lieu unique de brassage des cultures et des
civilisations. Cent après sa naissance, elle constate avec le
prophète Jérémie que « . Les bontés
du Seigneur ne sont pas épuisées, Ses compassions ne sont
pas à leur terme; Elles se renouvellent chaque matin.».
.ean-Luc Blanc