AMBASSADE DE FRANCE AU MAROC
Service de Presse et de Communication
REVUE HEBDOMADAIRE DE LA PRESSE MAROCAINE
Semaine 12/2005 : du 22/03/2005 au 28/03/2005
Que faire des évangélistes ? Ils sont de plus en plus nombreux. Nos diplomates les tolèrent. Nos sécuritaires s'en méfient. Et leurs coreligionnaires les craignent.
Autopsie d'un mal-être relancé par l'expulsion d'un homme d'église à Marrakech (Š) Ni la loi ni la volonté des hommes d'église locaux n'ont suffi pour séparer les transmetteurs de la foi chrétienne des "indigènes". Les plus agressifs ont souvent été les fondamentalistes américains (Š) Durant les trois dernières années, le phénomène est allé crescendo. Les autorités marocaines s'en sont alors remises aux représentants des églises ayant pignon sur rue (Š) Le révérend américain Jack Wald a récemment convaincu les autorités de Rabat qu'il pouvait réduire le nombre de pasteurs clandestins en existant légalement. Sauf que pour lui, "témoigner de ma foi chrétienne n'est pas forcément du prosélytisme". Or, c'est là où le bât blesse. Idéologiquement, les tenants traditionnels de l'église au Maroc se trouvent confrontés à de nouveaux prêcheurs, plus agressifs et puristes, qui ambitionnent même de re-christianiser leurs pairs, respectueux des traditions locales. "Comme en islam, les chrétiens sont face à des fondamentalistes qui prônent une lecture réductrice et moralisante des textes", explique la coordinatrice du Groupe de recherche islamo-chrétien, Anne-Marie Teeuwissen. "Si cela touche le Maroc, c'est bien parce que des missionnaires autrefois stationnés dans l'Europe de l'Est, se sont redéployés dans le monde musulman", ajoute-t-elle. Chez nous, ils sont aujourd'hui estimés à quelque 500 missionnaires, se cachant derrière des sociétés écran (Š) Ces prêcheurs, quoique incontrôlés, ne tombent pas du ciel. Ils répondent, parfois, à une stratégie globale. Au lendemain de l'attaque américaine en Irak, Don Hayes, le directeur exécutif de l'association des croisés, CCCI, en a révélé un bout : "En tant que croyants, nous nous battons pour conquérir les c¦urs et les esprits de ces peuples musulmans qui résistent le plus au message du Gospel". Au Maroc, le 11 septembre puis les accords de libre-échange ont servi de porte d'entrée (Š) Si tout va comme le veulent les Américains, 25 évangélistes sont attendus, en marge de concerts de groupes de rock chrétiens, pour dialoguer avec nos dignitaires musulmans. Mais déjà, au Palais et au ministère des Affaires islamiques, cette perspective fait grincer des dents. Tous nos responsables ne sont pas si consentants que cela, finalement. Face à cette offensive messianique, plusieurs appellent de leur v¦u une clarification des règles du jeu au Maroc (Š) Lorsqu'il y a deux ans, le président de la fédération des églises protestantes de France est venu au Maroc, il a lancé un ballon d'essai : "Pourquoi pas un conseil de culte chrétien à l'instar du conseil du culte musulman en France ?" . Tout cela est encore à l'état de balbutiement. Mais tout le monde reconnaît qu'il y a un vide juridique, qui profite aux clandestins, maintient le black-out sur la réalité de notre cartographie religieuse et favorise les réactions sécuritaires aux possibilités de dialogue (Š) (Driss Ksikes) [29/03/05]